Le Journal d’un Fou

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Pièce de Théâtre | Le journal d'un fou

Une oeuvre de Gogol qui n’a jamais été aussi moderne !

de Nicolas GOGOL
Adapté, interprété et mis en scène par : Dominique CZAPSKI [+]

avec
Dominique CZAPSKI [+]

Lumières : Jean-Pierre FRANCES

Producteur : Jean Marc SALVAN [+]

Plus de 230 représentations

Présentation

Auxence Ivanovitch Propritchine, le héros du journal d’un fou, est un misérable fonctionnaire.

Il appartient à ce petit prolétariat de la bureaucratie russe sous l’appellation de l’homme de petite envergure.

A plusieurs égards, il est le plus humain des êtres créés par Gogol : sa révolte et sa fierté de petit fonctionnaire, son rêve d’accéder à l’Amour de Sophie, la fille de son directeur, sa revendication d’un droit à l’existence plénière d’homme en font une exception dans le monde des êtres mutilés de Gogol.

Ecrasé, Auxence s’enfuit par la porte du délire psychologique.
Banni de «la vraie vie», il s’exile vers un ailleurs qui a pour nom Espagne.

Toutes les figures de ce délire sont des figures de l’absence : les coqs ont leur « Espagne » (Ailleurs…), les cervelles sont exilées sur la Mer Caspienne, les nez sont bannis sur la lune.

La satire sociale existe elle aussi. Gogol nous signale la fatuité et la futilité du monde des Grands, la corruption, la fracture dans la société Russe ; mais ce signal nous parvient par la médiation de la correspondance des deux chiennes, c’est-à-dire qu’il est intégré dans le délire de Propritchine, faisant partie pour ainsi dire du tableau clinique.

Ce qui rend imprévisible l’œuvre de Gogol, c’est l’art de combiner le Normal et le Pathologique, l’humain et le délire, en un mot l’Art de faire souffrir le héros devant nous.

Sans sa mesquinerie, sans son amour propre, nous toucherait-il ?

Lorsqu’il découvre la correspondance canine et qu’il s’indigne que les chiennes écrivent bien qu’elles ne soient pas nobles, nous comprenons qu’il se défend pas à pas, tragiquement, ridiculement et pitoyablement, contre la perte de son privilège d’homme et de son identité.

Le Temps se dérègle, annonciateur de la paranoïa.

Bientôt, l’Ennemi, le Diable qui séduit les femmes (l’échec sexuel trouve toute sa justification), les Mahométans qui envahissent tout. Par saccades la Roue du délire tourne : voici l’Espagne (l’hôpital psychiatrique), le grand Inquisiteur (le docteur bourreau)… Le délire, cette autre lecture du Réel.

Chez Gogol, chacun est seul, chacun délire, chacun lit le réel à sa façon.
Et pourtant, il reste encore un cordon, un lieu ténu mais qui ne rompt pas avec le temps antérieur : c’est l’ultime cri de souffrance et l’appel à la Mère, le retour à la Mère, dans l’Isba natale, intime, fœtale…

Puni d’avoir rêvé, puni d’avoir imaginé la fille de son supérieur en train d’enfiler son bas, puni de n’avoir pas accepté sa case sur le damier social et bureaucratique, puni de s’être révolté, Propritchine (le nom veut dire celui qui cherche son « emplacement », sa « carrière ») est banni du Réel et, roué de coups, se pelotonne dans la matrice originelle.

 

L’intérêt de la pièce pour le public

L’extrême modernité des thèmes abordés
Une variation sur le thème de la fuite

Les thèmes moderne de :

  • La critique sociale,
  • La fuite,
  • La recherche de l’amour idéalisé,

sont présents dans cette pièce, classique de la culture russe au texte puissant, pourtant écrite au XIXème siècle, rendant la pièce plus actuelle qu’elle ne l’a sans doute jamais été, et favorisent l’identification au personnage.

En effet :
Le public est actuellement fasciné par les analyses psychologiques et par la question de la recherche de l’épanouissement personnel.

  • La société actuelle perd tous ses repères classiques (famille, religion, travail).
  • Le public se fascine pour les analyses psychologiques de leur propre vie et pour tous les sujets s’y rapprochant de près ou de loin.
  • La tendance est au recentrage sur l’individu, à la recherche de l’épanouissement personnel, au retour sur soi, à la recherche de ses particularités, de sa créativité, de son individualité, de son originalité, et ce dans tous les milieux socio-culturels.

Les contraintes ne sont plus acceptées comme une fatalité et chacun cherche à les fuir.

  • Les personnes deviennent de plus en plus intolérantes à la frustration quel que soit le domaine où elle intervient et, ce qui est un frein à l’épanouissement personnel aura tendance à être écarté, à savoir notamment :
    • Le travail dit purement « alimentaire » n’est plus accepté avec autant de résignation.
    • On attend trop de la vie en couple, on l’idéalise.
  • Personne ne veut plus sacrifier sa vie pour quelqu’un ou quelque chose, et chacun cherche plus ou moins seul un sens à sa vie.

La fuite peut être physique (si possible) et à défaut peut devenir psychique (comme c’est le cas dans « le journal d’un fou »).

Tous les supports culturels actuels (théâtre, cinéma, émission TV, périodique, littérature…) ne s’y sont pas trompés et exploitent le thème de la fuite qu’elle soit physique ou psychologique, thème qui attire un nombre croissant de personnes intéressées.
Les thèmes récurrents sont relatifs à l’épanouissement personnel, les reconversions, l’usage du temps libre, les ruptures tant professionnelles que familiales, donc à la fuite des contraintes.

Le journal d’un fou propose une version extrême de l’évolution possible d’un individu, à savoir fuir mentalement à défaut d’avoir le courage de fuir physiquement sa vie sans espoir et sans but.

Une des morales de cette pièce, transposée à l’époque actuelle, pourrait être fuyez physiquement si vous le pouvez, à défaut vous risquez de devenir fou !!!